Chaussures aux pieds, petit-déjeuner bien copieux dans l’estomac, nous montons en voiture dans le but d’escalader les Carpates. Le temps est plutôt exécrable : grisaille et brouillard impénétrable tout autour. La vue sera très certainement peu dégagée…Le chemin de terre que nous prenons est très cabossé avec d’énormes pierres. A chaque pierre, je sens les roues passer dessus. A chaque virage, je pense que nous allons nous arrêter et continuer à pied. Cependant, nous continuons à monter.
Le brouillard disparaît
peu à peu. Nous ne rencontrons personne. Nous traversons quelques villages,
enfin, ce sont plutôt des hameaux. Nous sortons enfin de la forêt. Le chemin aux
pierres ne s’arrête toujours pas. Au fur et à mesure que nous sortons la tête
de la forêt et dépassons les dernières cimes, le brouillard lui aussi disparaît
peu à peu. Allez, encore un peu, et nous allons finir par nous arrêter.
Et là,
je sens mon conducteur inquiet. Il arrête le moteur et descend de la voiture.
Il revient l’air dépité en m’annonçant que le pneu avant est crevé. Rien, ni
personne autour de nous…Je propose mon aide et reçoit en retour un petit
sourire ironique…Il est vrai que je m’y connais peu en crevaisons. J’en profite
donc pour faire une séance photo prolongée. Paysages magnifiques tout autour.
Le brouillard finit par dévoiler les montagnes aux pentes douces aux prés
encore verts et aux arbres aux colorations rouges dorées. Rien ici ne semble
avoir remarqué notre intrusion dans le paysage.
Je reviens au véhicule,
apparemment le changement de la roue de secours est plus difficile que prévu.
Je décide donc de refaire un petit tour, sans appareil cette fois. Je monte
jusqu’aux champs de pâturages d’été. Derrière la colline s’ouvre un panorama sur
toute la chaîne des Carpates.
Je redescends, mon accompagnateur est encore plus
dépité, aucun progrès en vue, le pneu crevé ne se défait pas. A mon tour de
rester de garder auprès du véhicule, le chauffeur part à la recherche de mains
fortes ou d’outils. Pendant son absence, des Houtsoules, peuple de la région,
passent en charrette à cheval et me proposent de me faire faire un tour. Je
refuse poliment. Quelques temps après, mon chauffeur revient une grande clé à
la main. Le pneu résiste et la grande clé se casse.
Mon chauffeur me laisse
encore une fois seule. Cette fois, ce sont deux randonneurs aux sacs à dos
dépassants leur tête qui propose de m’enlever. Malgré mon envie de me dégourdir
les jambes, je reste sagement assise dans la voiture. J’attends encore un peu.
Le brouillard a complètement disparu entretemps. Le temps est superbe. Mon
chauffeur revient, à ses côtés personne. Nous attendons encore un peu. Il faut attendre la fin de la moisson.
Un
tracteur apparaît à l’horizon et s’approche enfin de nous. Il s’arrête, en
descendent deux Houtsoules. Après un bref échange de paroles, un regard sur le
pneu suffit pour prendre une décision. Ils prennent un couteau, font une grande
entaille dans le pneu, enfilent un bout de plastique dans le trou pour le
boucher, le collent à la salive, et après, oui, je ne plaisante pas, c’est
reparti ! Au début je ne voulais pas y croire, surtout sur le chemin de
pierres. Mais même après nous avons encore parcouru quelques centaines de
kilomètres avec ce pneu réparé…Et aucun incident…
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